L’open tuning et le fingerstyle forment un duo qui transforme la guitare en orchestre intime. Quand tu changes l’accordage et que tes doigts se séparent la mélodie, la basse et le rythme, la magie opère : résonances naturelles, drones persistants, harmoniques chatoyantes. Dans cet article je t’explique pourquoi ce mariage fonctionne, comment il change ton jeu et surtout comment t’y mettre, bière à la main et oreilles grandes ouvertes.
Qu’est-ce que l’open tuning et pourquoi ça change tout
L’open tuning (accordage ouvert) consiste à accorder les cordes de la guitare de manière à former un accord quand on les joue à vide. Concrètement, tu poses la plectre et tu as déjà un accord plein et chantant. Cette simplicité apparente ouvre des possibilités harmoniques et sonores que l’accordage standard n’offre pas aussi directement.
Pourquoi c’est puissant :
- Les cordes à vide deviennent des drones : elles vibrent avec longueur et couleur, donnant une sustain et une richesse harmonique qui servent de fond à tes mélodies.
- Les voicings deviennent plus accessibles : beaucoup d’accords majeurs se jouent en barré simple ou même sans frettes, ce qui libère ta main gauche pour des mélodies et des ornementations.
- L’ouverture facilite l’utilisation des harmoniques naturelles, très recherchées en fingerstyle moderne.
- Pour le jeu au bottleneck (slide), l’open tuning donne des glissandi parfaitement consonants, sans ajustement d’accord.
Quelques open tunings incontournables (de la plus basse à la plus aiguë) :
| Accordage | Cordes (mi->mi aiguë) | Accord en corde à vide | Usage courant / artistes |
|—|—:|—|—|
| Open G | D G D G B D | Sol majeur | Keith Richards (Rolling Stones), John Butler |
| Open D | D A D F A D | Ré majeur | Slide blues, arrangements folk |
| DADGAD | D A D G A D | Mode ouvert (son celtique) | Led Zeppelin (parfois), Jimmy Page, folk contemporain |
| Open C | C G C G C E | Do majeur | Andy McKee, John Butler (variantes) |
Anecdote personnelle : la première fois que j’ai accordé en Open G, j’ai compris pourquoi tant de riffs roots sonnaient « plus gros » sans amplifier. Un simple doigté sur la première frette et la guitare devenait un chœur. Depuis, j’adore démarrer des sessions d’échauffement en alternate tunings—ça réveille l’oreille et le corps.
Techniquement, l’open tuning permet des voicings impossibles en standard sans extensions compliquées. Mais attention : changer d’accordage modifie la tension des cordes et peut nécessiter un léger réglage (action, intonation). Rien de dramatique, mais un confort guitare adapté évite les surprises.
En synthèse, l’open tuning n’est pas un gadget : c’est une palette sonore. Il transforme ton approche, t’invite à repenser l’harmonie et favorise l’émergence d’idées mélodiques inattendues.
Le fingerstyle : l’art de rendre la guitare orchestre
Le fingerstyle est cette façon de jouer où tes doigts (pouce, index, majeur, annulaire) gouvernent simultanément basse, accords, mélodie et percussions. Plutôt que gratter avec une médiator, tu deviens chef d’orchestre de 6 cordes. Le jeu demande indépendance et sens du groove, mais quand il s’aligne avec l’open tuning, le rendu peut être quasi symphonique.
Principes fondamentaux :
- Le pouce assure la basse (souvent alternée), créant le rythme et la fondation harmonique.
- Les doigts jouent la mélodie, les arpèges et les ornements.
- Le corps de la guitare sert de caisse de résonance et, parfois, de caisse percussive (coups de paume, taps).
- Les techniques spéciales : harmoniques, pull-offs, hammer-ons, percussive hits, slap bass sur la table de la guitare.
Pourquoi le fingerstyle va si bien avec l’open tuning :
- Les cordes à vide fournissent des drones constants : ton pouce peut marteler une basse pendant que tu dialogues avec la mélodie sur les notes aiguës.
- Les formes d’accord simplifiées laissent la main gauche libre pour des mouvements mélodiques complexes.
- Les harmonies résultantes sont plus riches : un arpège en open tuning exploite des intervalles larges et des résonances croisées.
Exemples concrets :
- Andy McKee et sa technique percussive exploitent des tunings originaux pour maximiser sustain et harmoniques.
- Joni Mitchell, virtuose des accordages, montre comment l’alternance d’accordages élargit l’expression lyrico-harmonique.
- Dans la tradition moderne, des guitaristes comme Kaki King ou Tommy Emmanuel mêlent fingerstyle et tapping pour obtenir un rendu orchestral.
Exercice pratique pour gagner en indépendance (à faire 10 minutes/jour) :
- Choisis un accord ouvert (ex : Open D).
- Le pouce joue une basse alternée sur 2 temps : corde 6 – corde 4 – corde 5 – corde 4.
- Pendant ce groove, l’index joue un motif mélodique simple sur les cordes 2 et 3.
- Ajoute un ghost note percussif avec la main droite sur le corps tous les 4 temps.
Progressivement, remplace la basse alternée par des lignes de walking bass, puis insère des harmoniques naturelles sur les temps faibles. Tu verras ton oreille s’ouvrir aux possibilités polyphoniques.
Le fingerstyle est exigeant mais démocratique : tu n’as pas besoin d’être un prodige pour sonner riche. Tu dois juste apprendre à distribuer les tâches entre tes doigts et à écouter chaque « pupitre » de ton orchestre guitaristique.
Avant de plonger dans la magie de l’association entre open tuning et fingerstyle, il est essentiel de comprendre certains aspects fondamentaux. Pour les guitaristes débutants, il existe des erreurs courantes à éviter lors de l’exploration des open tunings. Savoir comment accorder sa guitare en open tuning peut également faciliter l’apprentissage et enrichir l’expérience musicale. En maîtrisant ces bases, il devient plus simple de jouer et apprendre à travers ces techniques, préparant ainsi le terrain pour découvrir pourquoi cette combinaison est si puissante.
Pourquoi l’association open tuning + fingerstyle est magique
Quand tu combines open tuning et fingerstyle, la guitare cesse d’être un simple instrument et devient une scène. L’open tuning offre des couleurs harmoniques et le fingerstyle orchestre tout ça en temps réel. Voici ce qui rend le mariage si puissant.
- Résonance et sustain amplifiés
Les cordes à vide résonnent librement ; en fingerstyle, ces résonances servent de pad harmonique. Même une simple mélodie sur les aigus gagne en corps grâce aux basses qui vibrent en dessous. Résultat : un son plus large, plus profond, immédiatement paysager.
- Polyphonie naturelle
Tu peux tenir une basse continue (drone) tout en jouant une mélodie indépendante. C’est la base de ce qu’on appelle la polyphonie guitare : plusieurs lignes musicales simultanées. L’open tuning facilite cette technique, car la basse à vide ne demande pas d’appui complexe.
- Harmoniques et textures
Les harmonic nodes tombent souvent sur des positions naturelles en open tuning. Tu peux donc déclencher des harmoniques en les intégrant à des motifs mélodiques, créant des couleurs cristallines — très utilisées en fingerstyle moderne.
- Percussivité et groove
L’open tuning libère la main gauche et permet d’incorporer des frappes rythmiques (body taps, slaps) sans perdre la base harmonique. De nombreux joueurs contemporains combinent tapping, percussive hits et harmonics pour simuler batterie + basse + lead.
- Liberté d’écriture et d’arrangement
En studio ou en live, un morceau joué en fingerstyle sur accordage ouvert peut sonner comme un arrangement complet. Pour les auteurs-compositeurs, c’est une arme pour produire des démos riches sans overdubs.
Exemple pratique (mini-arrangement) :
- Accordage : Open G (D G D G B D).
- Structure : pouce joue une basse ostinato sur cordes 6/5, index/majeur arpentent une progression mélodique sur les cordes 2/3/1, ponctuée d’harmoniques sur la 12e frette.
- Ajoute des coups de paume sur les temps 2 et 4 et un slide sur la 3e phrase. Tu obtiens un couple rythmique-mélodique complet.
Anecdote scénique : lors d’un festival, j’ai remplacé un groupe entier pendant 5 minutes. Un set en Open D et fingerstyle, trois morceaux, et le public pensait écouter un quintet. La guitare, bien accordée et exploitée, remplissait l’espace comme un orchestre intime.
La magie tient à la synthèse : l’open tuning fournit la matière première (résonance, drones, voicings simples) ; le fingerstyle sculpte cette matière en lignes distinctes (basse, rythme, mélodie, ornement). Ensemble, ils offrent une palette expressive immense.
Comment commencer : accordages, exercices et morceaux pour progresser
Si tu veux plonger, voici un plan pratique, progressif et sans prise de tête pour te lancer dans l’open tuning et le fingerstyle.
- Choisis 2 accordages pour débuter
- Open G (D G D G B D) : idéal pour riffs, grooves roots et fingerstyle détendu.
- DADGAD (D A D G A D) : polyvalent, très utilisé en folk/ambient pour ses couleurs modales.
- Réglage et matériel
- Monte des cordes un peu plus lourdes si tu descends souvent (ex : pour Open G) pour garder de la tension.
- Vérifie l’intonation et l’action si tu changes fréquemment d’accordage.
- Un accordeur chromatique est indispensable pour gagner du temps.
- Exercices progressifs (20–30 min/jour)
- Échauffement (5 min) : arpèges simples en position ouverte, pouce alterné.
- Indépendance du pouce (10 min) : ostinato basse sur 4 temps pendant que tu joues des motifs syncopés avec les doigts.
- Harmoniques et sustain (5 min) : joue une phrase et ajoute des harmoniques naturelles sur la 7e/12e/19e.
- Percussion (5–10 min) : intègre un coup de paume sur les contretemps, puis combine avec une mélodie simple.
- Morceaux et références (écoute et transcription)
- Prends le temps d’écouter : Andy McKee, Kaki King, John Butler, Joni Mitchell et Ben Howard. Étudie un passage court et recrée-le.
- Travaille des intros ou des motifs courts plutôt que des morceaux entiers au début.
- Progression et créativité
- Après 2–3 semaines, commence à écrire tes propres motifs en partant d’un drone ou d’une basse répétitive.
- Expérimente : capos, variations d’accords, micro-arrangements (ajouter basse sur couplet, harmonique sur refrain).
Petit tableau de progression
| Semaine | Objectif | Activités |
|—:|—|—|
| 1 | Familiarisation | Accordages, échelle d’échauffement, pouce alterné |
| 2 | Indépendance | Ostinato + mélodie simple, harmoniques |
| 4 | Percussion | Intégration de taps et body hits |
| 8 | Composition | Ébauche d’un morceau court en open tuning |
Conseil de scène : commence les concerts en fingerstyle avec un morceau aéré. L’open tuning met plus de son dans la salle, donc laisse respirer les silences — ils servent la dynamique.
Conclusion pratique : ne cherche pas la perfection technique immédiatement. Privilégie l’écoute, l’expérimentation et la répétition de petits motifs. L’open tuning et le fingerstyle récompensent l’auditeur et le joueur par une richesse sonore disproportionnée par rapport à l’effort initial. Prends ta guitare, décroise les doigts, accorde autrement et laisse la magie opérer — moi je le fais toujours avec une bière à la main.




