Laisse-moi t’embarquer : l’open tuning, c’est ce petit sésame qui transforme une guitare en paysage, avec des vallées de drones et des sommets de power chords. Que tu sois riffeur, songwriter ou simple curieux, ces altérations d’accord transforment la logique du manche et ouvrent des voies nouvelles pour créer riffs légendaires et textures inoubliables.
Pourquoi l’open tuning change tout
L’open tuning modifie la relation entre les cordes pour obtenir un accord ouvert quand tu grattes à vide. Autrement dit, la guitare sonne déjà comme une harmonie complète sans appuyer de barrés — et ça change la manière dont ton cerveau pense la guitare. Plutôt que de travailler note par note, tu peux sculpter des voix et des drones entrelacés. C’est un peu comme remplacer les engrenages d’une machine : mêmes doigts, mais résultats différents.
Musicalement, les open tunings favorisent trois choses essentielles :
- Les drones : une ou plusieurs cordes qui sonnent en continu, créant une base immuable pour le riff.
- Les voicings ouverts : accords riches et spacieux accessibles avec peu de mobilité de la main gauche.
- Le glissement et la nuance de slide : en slide, l’open tuning permet d’obtenir des intervalles parfaits en glissant sur toute la corde sans ajuster chaque note.
Quelques tunings courants :
- Open G (D G D G B D) — roi du rock et du blues pour riffs et riffs rythmiques.
- Open D (D A D F A D) — son sombre, excellent pour slide et fingerstyle.
- DADGAD (D A D G A D) — modal, très prisé pour les ambiances celtiques et orientales.
- Open C (C G C G C E) — large palette harmonique, très utilisée pour le fingerpicking folk.
- Open E (E B E G B E) — son puissant, parfait pour le slide agressif.
Historique rapide : les racines viennent du blues rural et du slide (on remonte à Robert Johnson et Blind Willie McTell), puis la tradition traverse le rock (Keef et l’Open G), le folk (Nick Drake, Joni Mitchell) et la world music (DADGAD/variantes). Aujourd’hui, l’open tuning est un refuge créatif pour composer des riffs mémorables qui respirent différemment.
Côté technique, l’open tuning ouvre la porte à des approches harmoniques moins contraignantes : tu peux dessiner des motifs mélodiques qui se superposent aux drones, concevoir des ostinatos rythmiques ou écrire des pédales harmoniques sans compter sur la basse ou le clavier. Pour le riff, le bénéfice est double : simplicité du geste et richesse sonore immédiate.
Attention mais : l’intonation et la tension des cordes changent. Passer fréquemment d’un tuning standard à l’open nécessite parfois d’ajuster action, truss rod ou même utiliser des jeux de cordes différents (gauge plus lourd pour éviter un côté flasque). Mais pour le son que tu gagnes — cette résonance ouverte, ces harmoniques en cascade — le jeu en vaut presque toujours la chandelle.
L’open tuning n’est pas seulement un outil technique, c’est une palette sonore : il devient plus simple d’inventer un riff légendaire parce que l’instrument t’offre instantanément des textures et des couleurs harmoniques auxquelles tu n’accèderais pas en accordage standard.
Les riffs légendaires et leurs secrets
Plongeons dans la pratique : quels riffs célèbres doivent leur magie à l’open tuning ? Voici une sélection commentée — autant d’études de cas à décortiquer et à t’approprier.
Keith Richards — Open G (G–D–G–B–D)
- Exemples : « Honky Tonk Women », « Brown Sugar », nombre de riffs Stones classiques.
- Secret : Keef a souvent joué en five-string open G (il retire la 6e corde). Résultat : des motifs en power-chords faciles à fracasser avec le pouce et l’index, et une assise rythmique imparable. Anecdote : c’est cette configuration qui donne aux Stones leur groove minimaliste mais hyper efficace — une guitare qui claque comme une caisse claire, une autre qui coule comme de l’huile.
Duane Allman — Open E (E–B–E–G–B–E)
- Exemples : le solo de slide sur « Statesboro Blues » (Allman Brothers).
- Secret : en open E, la slide trace des intervalles parfaitement accordés sans nécessiter de positionnement précis; la résonance est vive et tranchante, idéale pour le blues électrique. Duane réglait souvent sa guitare pour une action plus haute et utilisait un bottleneck en métal — combinaison gagnante pour ce son si reconnaissable.
Jimmy Page — DADGAD / variantes
- Exemples : « Kashmir » (utilisation de DADGAD/modalité), « That’s the Way » (variantes).
- Secret : DADGAD offre une couleur orientalisante grâce à ses intervalles ouvertes et la possibilité de jouer des pédales tonales qui créent un rideau sur lequel les mélodies se posent. Page aimait l’idée d’un drone orchestré et d’accords pendant que la rythmique gravite autour.
Nick Drake — CGCFCE (variante d’Open C)
- Exemples : plusieurs titres de son répertoire, dont « Pink Moon » (CGCFCE).
- Secret : Nick utilisait des voicings étendus et des contrechants subtils. L’open C donne un spectre très riche, presque orchestral, parfait pour les compositions intimes et mélancoliques.
Joni Mitchell — multiples open tunings
- Exemples : une grande partie de son œuvre.
- Secret : Joni a exploré l’imbrication mélodique et l’harmonie complexe via des configurations originales, rendant ses riffs et accompagnements impossibles à reproduire en standard sans perdre la couleur.
Ce qui unit ces riffs : l’utilisation du tuning pour créer une identité sonore, pas juste une astuce technique. Le drone, la simplicité gestuelle et la résonance naturelle sont au cœur de ces riffs. Si tu veux étudier un riff légendaire, commence par l’accorder dans le même tuning, sens la résonance, et cherche les notes puissantes (souvent les tierces et les quintes qui sonnent à vide). N’hésite pas à isoler la 1–2 mesures qui portent l’accroche : souvent, une cellule répétée avec légère variation suffit à créer la mémoire auditive.
Techniques pour composer et jouer des riffs en open tuning
Composer en open tuning, c’est accepter une nouvelle logique du manche. Voici des techniques concrètes et exercices pour t’approprier ces outils.
- Exploite les drones
- Identifie la ou les cordes à vide qui sonnent comme base (ex. 6e et 4e en Open D).
- Exercice : joue une note poussée sur une corde solo tout en laissant une corde drone sonner. Varie la dynamique pour créer des « respirations ».
Une fois les cordes à vide identifiées et les premières notes jouées, il est intéressant d’explorer comment ces sonorités uniques influencent le style musical. En effet, les open tunings offrent une richesse harmonique qui attire de nombreux artistes. Pour s’inspirer, il peut être utile de découvrir quels artistes utilisent l’open tuning et comment ils intègrent ces techniques dans leurs compositions. Cela permet non seulement d’élargir son répertoire, mais aussi de trouver des motifs rythmiques innovants qui enrichissent le jeu. En effet, comprendre le lien entre styles et artistes peut profondément influencer la création musicale. Plonger dans ces différents styles peut s’avérer une source d’inspiration pour construire des motifs rythmiques captivants.
- Construis des motifs rythmiques
- Les open tunings facilitent la formation d’ostinatos. Conçois un motif de 4 temps sur deux cordes, et superpose une mélodie sur les autres.
- Exercice : écris un riff de 8 mesures basé sur une cellule de 2 notes répétée, ajoute une variation au 4e temps.
- Slide & micro-bendings
- En open, le slide produit des intervalles « parfaits ». Pratique le legato en slide et la précision de l’attaque.
- Conseil : utilise un slide plus lourd pour un sustain long; expérimente l’inclinaison pour changer le contact.
- Voicings et renversements rapides
- Les accords ouverts offrent souvent plusieurs renversements accessibles près de la barre de la main. Travaille des transitions rapides entre accords ouverts et notes frettées pour un effet d’arpège percussif.
- Capo et transposition
- Placer un capo change le timbre sans modifier la relation entre les cordes. C’est pratique pour adapter la tessiture à ta voix.
- Astuce : capo sur la 2e case en Open G pour obtenir Open A, garde le même index fretwork.
- Percussivité et palm muting
- Combine strumming franc et mute pour obtenir un groove serré. Les open tunings gardent l’espace harmonique ; mute laisse l’espace rythmique.
- Exercice : joue un riff en open tuning avec alternance de 2 measures de pleine résonance puis 2 de palm mute.
- Écrire un hook
- Le riff qui reste est souvent simple et mémorable. Cherche un motif répétable de 3–5 notes et répète-le en variant micro-dynamiques.
- Exemple d’approche : drone-bass + tierce mobile + occlusion rythmique.
- Transcende le manche
- Pense à la guitare comme à un clavier de textures ; déplace un motif sur plusieurs registres pour varier la couleur sans changer la forme des doigts.
Pratique recommandée : consacre 20 minutes par jour à une seule tuning, explore uniquement la première octave, puis élargis. En 2–4 semaines tu verras des progrès réels. N’oublie pas d’enregistrer à chaque session : souvent, la prise brute contient le riff gagnant.
Matériel, production et astuces pour capturer le son
L’open tuning influence le matériel et la production. Capturer un riff légendaire ne se limite pas à l’accordage : il faut optimiser la guitare, l’attaque, et le mix.
Guitare et setup
- Action : pour le slide, une action légèrement plus haute évite les frettes parasites. Pour le fingerpicking en Open C, préfère une action plus basse pour le confort.
- Jeu de cordes : augmente le gauge si tu descends beaucoup (ex. Open C) pour garder tension et intonation.
- Micros : P90s et humbuckers donnent plus de rondeur; singles coils apportent clarté pour les drones. Pour Open G rock, un humbucker bridge + single coil neck marche souvent.
Slide & accessoires
- Matériaux : métal = brillance et attack, verre = douceur, céramique = compromis.
- Taper : un slide plus long permet de couvrir plusieurs notes; le diamètre doit s’adapter à ton doigt.
Ampli & effets
- Compression subtile : pour égaliser les variations de dynamique des drones.
- Reverb hall + slap delay (80–200 ms) : ouvre l’espace sans diluer l’attaque du riff.
- Overdrive léger : donne du grain; pour l’Open E slide, pousse plus d’overdrive pour un son blues-rock incisif.
Micro et prise de son
- Close mic + room mic : prends une DI si tu utilises pédales. Mixe un blend 70/30 close-room pour garder présence et ambiance.
- Positionnement : près du chevalet pour l’attack, près du manche pour la rondeur des drones.
Mix & arrangement
- Laisse des fréquences basses libres pour le drone ; évite d’empiler grosse caisse et drone sur la même bande (filtre passe-haut sur le drone si nécessaire).
- Automatisation : sur un riff récurrent, automatise la réverbération et l’éq pour faire respirer le passage et créer de l’intensité lors des builds.
- Stereo widening : double la piste (ou envoie à cabinet IR légèrement différent) pour épaisseur sans perdre focus.
Tableau résumé (tuning → usage → conseil rapide)
N’oublie pas l’essentiel : laisse parler l’oreille. L’open tuning est un terrain d’expérimentation où le geste et le son se rencontrent. Branche-toi, bois une bière si ça t’aide (moi, je dis ça en ami), et joue jusqu’à ce que le riff arrête de te quitter l’esprit. C’est souvent dans la répétition libre que naissent les motifs légendaires.





