Tu t’es déjà demandé si tu devais garder une guitare dédiée aux open tunings ou simplement retuner sur la route ? Entre confort de jeu, stabilité sonore et budget, la réponse n’est pas binaire. Ici, on va décortiquer les arguments techniques, pratiques et artistiques pour que tu puisses décider en connaissance de cause — avec une bonne dose d’anecdotes de bar et de scène, comme il se doit.
Pourquoi les open tunings séduisent — musicalement et physiquement
Les open tunings (Open D, Open G, DADGAD, etc.) ont cette capacité à réinventer instantanément ta palette harmonique. Ils ouvrent des sonorités qui sonnent plus organiques, plus riches en harmoniques, et favorisent les voicings impossibles en standard sans contorsion des doigts. Sur une guitare dédiée, ces richesses deviennent plus accessibles : tu penches, tu glisses, tu laisses sonner — comme une harpe électrique.
Musicalement, les open tunings servent plusieurs objectifs :
- Créer des drones et des basses constantes (très utilisé en folk, blues, post-rock).
- Simplifier des progressions complexes en transformant des formes d’accords.
- Permettre des techniques de slide plus naturelles et expressives.
- Favoriser des textures sonores uniques pour l’écriture et l’arrangement.
Physiquement, retuner une guitare fréquemment modifie la tension du manche et la sensation de jeu. Une guitare réglée pour Open D (DADFAD) n’a pas la même tension, la même hauteur de manche ni le même réglage d’action qu’une guitare pour accordage standard. Le truss rod, l’intonation et même le comportement des cordes changent. C’est pour ça que beaucoup de joueurs préfèrent une guitare dédiée : elle conserve son réglage optimal et offre une cohérence de son au quotidien.
Anecdote : sur une tournée locale, j’ai passé une fin de set à retuner ma gratte entre deux morceaux — résultat : mains froides, mauvaise intonation et un solo qui sonnait mou. Après ça, j’ai investi dans une deuxième guitare pour mes open tunings. La différence sur scène ? Un confort immédiat et une confiance qui se traduit en meilleure interprétation.
Statistiquement, les groupes qui exploitent massivement les open tunings (ex. My Bloody Valentine, Radiohead pour certains morceaux, Ry Cooder pour le slide) utilisent souvent au moins deux guitares sur scène. Ce n’est pas un hasard : la logistique et la rapidité de performance pèsent lourd dans le choix d’avoir une guitare dédiée.
Les open tunings offrent une couleur musicale distincte et une ergonomie spécifique. Si tu écris beaucoup dans ces positions ou si tu joues en live, la guitare dédiée devient vite un outil de création et de fiabilité. Elle te permet d’explorer sans la contrainte du réglage constant, et de garder un son stable, prêt à être déclenché comme un instrument de studio.
Avantages concrets d’une guitare dédiée aux open tunings
Posséder une guitare dédiée pour open tunings t’apporte des bénéfices tangibles, tant sur le plan sonore que pratique. Voici ce que j’ai remarqué après des années de live, studio et bricolage dans mon coin.
Stabilité et réglage optimisés
- La tension du manche reste constante. Tu n’as plus à t’inquiéter d’un truss rod qui joue au yoyo.
- L’intonation est ajustée pour l’accord spécifique : les harmoniques et la justesse sont plus fiables.
- L’action peut être adaptée au slide (si tu utilises un bottleneck) ou à ta technique fingerstyle.
Gain de temps en répète et en concert
- Plus de retunage entre les morceaux : tu gardes le flow du set.
- Tu évites les dérangements sonores (cordes qui vibrent mal après un retunage rapide).
- Support plus simple pour les techniciens et les roadies : une guitare = un son attendu.
Expérimentation sonore sans risque pour l’instrument principal
- Tu peux essayer des cordes lourdes ou légères, changer de micro, tester un slide sans affecter ta “main” principale.
- Tu peux utiliser des setups alternatifs (ex. 12-56 pour Open D) et conserver ta guitare principale en setup standard.
Impact créatif
- Avoir une guitare toujours accordée en Open G ou DADGAD te pousse à écrire dans ces tonalités. C’est un petit déclencheur créatif.
- Les couleurs d’accord et les motifs de picking se gravent plus vite quand l’instrument est disponible.
Économie sur le long terme
- Moins de réglages fréquents évitent l’usure prématurée du manche et des mécaniques.
- Pour les pros, la réduction du temps en répétitions et en soundcheck compense parfois l’achat d’une seconde guitare.
Comparaison rapide (tableau synthétique pertinent) :
Anecdote technique : j’ai mis sur une Jazzmaster des cordes .012 pour Open D et je l’ai réglée avec un sillet compensé pour éviter le buzz. L’attaque était différente, presque “corymbée” — idéal pour des textures folk-rock. Résultat : un morceau qui a convaincu plus d’un label local à nous programmer.
Bref, les avantages sont réels si tu cherches stabilité, efficacité scénique et exploration sonore. Mais attention : une guitare dédiée n’est pas une solution magique, elle vient avec des choix à faire (budget, espace, entretien) que l’on aborde dans la section suivante.
Inconvénients, alternatives et fausses bonnes idées
Avant de craquer pour une deuxième guitare, il faut peser les inconvénients et considérer des alternatives pratiques. Tout dépend de ton usage : studio, scène, songwriter solitaire ou session man.
Les inconvénients principaux
- Coût initial : une guitare de qualité pour jouer confortablement en open tuning peut coûter cher (de quelques centaines à plusieurs milliers d’euros).
- Espace et transport : une seconde guitare signifie plus de matériel à stocker et transporter — ce qui pèse sur les tournées.
- Maintenance : chaque instrument demande réglages, cordes, et parfois des setups différents. Plus d’instruments = plus de travail.
- Risque de fragmentation du son : si tu multiplies les guitares, tu peux perdre une identité sonore cohérente si tu ne soignes pas le timbre global (mic, amplis, effets).
Face à ces défis liés à l’utilisation multiple d’instruments, il est essentiel d’explorer des solutions qui peuvent simplifier la pratique de l’open tuning. Par exemple, utiliser des logiciels et applis d’accordage peut grandement faciliter le processus, permettant ainsi de gagner du temps et de se concentrer sur la créativité plutôt que sur la technique. De plus, il est intéressant de se demander si l’open tuning peut avoir un impact sur l’intégrité de l’instrument. Pour cela, il peut être utile de consulter des ressources sur l’impact de cette pratique sur la guitare elle-même. Enfin, des sections dédiées à la pratique et aux ressources peuvent offrir des conseils précieux pour optimiser l’expérience musicale tout en gérant efficacement plusieurs guitares.
Alternatives pratiques
- Capo et retunage partiel : pour certains open tunings, l’usage d’un capo ou d’un retunage minimal peut suffire pour atteindre l’effet désiré sans changer complètement l’accord.
- Systèmes de changement rapide : mécaniques à blocage ou systèmes comme la Tuning Machine ou la Chorder (rare) peuvent aider, mais restent limités pour des changements radicaux.
- Multi-guitares “modifiées” : convertir des guitares moins chères en dédiées pour limiter le coût si tu veux plusieurs accordages.
- Utiliser un pédalier d’accord virtuel (pitch shifters) : pour certains styles, les effets peuvent simuler un open tuning, mais la dynamique des cordes réelles manque souvent.
Fausses bonnes idées
- Retuner trop souvent sur une même guitare sans ajuster le truss rod : tu finiras par avoir un manche voilé.
- Mettre des cordes trop lourdes sans ajuster l’intonation : ça flingue la justesse.
- Penser que les open tunings sont juste une question d’accords : l’ergonomie, l’action, et la physique de la table font beaucoup.
Cas d’usage pour choisir autrement
- Si tu joues principalement en studio et que tu peux retuner entre prises, une seule guitare peut suffire.
- Si tu joues un set live où les open tunings représentent moins de 20% du répertoire, privilégie des astuces rapides (capo, retunage entre morceaux).
- Si tu es auteur-compositeur et que ces tunings forment la base de ton écriture, investir dans une guitare dédiée sera plus rentable en créativité.
Statistique d’orientation (observation de terrain) : sur 50 groupes locaux que j’ai croisés, 68% utilisaient au moins deux guitares en live si leur répertoire contenait plus de 30% de morceaux en open tunings. Conclusion : la fréquence d’utilisation est un bon baromètre pour décider.
Une guitare dédiée n’est pas indispensable pour tous, mais elle se justifie dès que l’usage devient régulier ou que la performance live exige rapidité et fiabilité. Maintenant, voyons comment choisir la bonne guitare si tu décides de franchir le pas.
Comment choisir et régler ta guitare dédiée — setup, cordes et micro
Si tu décides d’investir dans une guitare dédiée aux open tunings, le choix et le réglage feront toute la différence. Voici un guide concrèt, technique mais accessible, pour obtenir un instrument qui chante et reste fiable.
Choisir le type d’instrument
- Guitare acoustique vs électrique : les acoustiques (dreadnought, OO, parlor) résonnent différemment en open tunings — souvent plus riches en harmoniques. Les électriques permettent plus d’expérimentation sonore grâce aux micros et aux effets.
- Manche et radius : préfères un manche stable (érable ou acajou bien sec) et un radius confortable pour tes barrés ou slides.
- Corps et table : une table en épicéa apporte clarté; l’acajou apporte chaleur. En open tuning, les harmoniques bénéficient d’une table réactive.
Choix des cordes
- Tension et calibre : pour Open D ou Open G, beaucoup optent pour un jeu plus lourd (.012–.054 ou .013–.056) pour compenser l’absence de tension de la corde de mi/si. Mais tout dépend de ton toucher.
- Matériaux : phosphore bronze pour acoustique, nickel pour électrique. Les cordes en nickel offrent plus de douceur pour le slide.
- Entretien : change régulièrement si tu joues beaucoup — les open tunings accentuent l’usure sur certaines cordes.
Réglages essentiels (setup)
- Truss rod : ajuste pour la tension spécifique. Un manche trop courbé provoque du buzz en open tuning.
- Sillet : un sillet légèrement compensé évite les problèmes d’intonation quand les cordes sont retendues différemment.
- Intonation : règle chaque frette et contrôle les harmoniques. L’intonation en open tuning demande parfois un compromis.
- Action : si tu joues au slide, remonte légèrement l’action. Si tu fais du fingerstyle, garde une action confortable.
- Pont et chevalet : pour acoustiques, vérifie que le chevalet ne soit pas trop sollicité par le changement de tension.
Pickups et électronique (pour électriques)
- Micro chevalet plus brillant peut compenser la rondeur de certains open tunings.
- Single coils favorisent la clarté des harmoniques; humbuckers apportent de la chaleur. Expérimente.
- Prévois un bon câblage : l’usage intensif en open tuning implique peu de retouches, mais plus d’exigence sur la stabilité électrique.
Accessoires et outils
- Deuxième jeu de cordes monté prêt à l’emploi.
- Clé Allen, tournevis, jeu d’outils pour ajuster rapidement.
- Harnais et stand acceptant deux guitares pour changer rapidement sur scène.
Anecdote pratique : j’ai transformé une vieille Gibson Epiphone en guitare Open G avec des cordes .012 et un sillet légèrement rehaussé. Le résultat ? Une guitare qui a trouvé sa place comme “machine à riffs” dans mon set. Je la reconnais à la première note, comme un vinyle préféré dans ma collection.
Teste avant d’acheter. Essaie plusieurs setups en magasin ou emprunte une guitare à un pote. L’alchimie entre ton toucher et l’instrument est primordiale. Une guitare dédiée bien réglée devient un prolongement de tes mains et un partenaire de composition.
Alors, faut-il avoir une guitare dédiée aux open tunings ? Ma réponse, fidèle à l’atelier et à la scène, est nuancée : oui si tu joues souvent en live, si ces tunings dictent ton écriture ou si tu veux une fiabilité immédiate. Non si tu es intermittent, si l’open tuning n’est qu’un ornement occasionnel, ou si ton budget/boîte à outils ne te permet pas de gérer plusieurs instruments.
Check-list rapide pour décider
- Utilisation : plus de 30% du répertoire en open tunings => pense sérieusement à une dédiée.
- Live vs studio : live = forte incitation à avoir une seconde guitare.
- Budget & logistique : calcule coût + entretien + transport.
- Créativité : tu veux écrire dans ces sonorités ? Une guitare dédiée t’y poussera.
Conseils pratiques
- Si tu n’es pas prêt à acheter, bricoler une guitare “pour les tunings” (entrée de gamme mais bien réglée) est une bonne porte d’entrée.
- Pour les tourneurs, prends une guitare de rechange identique ou très proche pour assurer homogénéité sonore.
- Entretiens régulièrement : le bon réglage prolonge la vie de ton manche et assure la constance du son.
Conclusion personnelle (avec une bière à la main) : j’ai longtemps hésité avant de m’acheter une seconde guitare pour mes open tunings. Aujourd’hui, elle dort près de ma Fender principale et m’attend comme un bon compagnon. Elle me libère mentalement, me permet d’écrire plus vite et m’a sauvé de plusieurs moments gênants sur scène. Si la musique est pour toi une recherche de couleurs et de constance, la guitare dédiée n’est pas un luxe — c’est un partenaire.
Allez, prends ta gratte, tente un Open G, et écoute si ton corps réclame une deuxième compagne. Tu sauras vite.





