L’open tuning, c’est comme ouvrir une porte secrète sur de nouveaux paysages sonores : un accord posé à vide qui t’offre une base instantanée pour improviser, composer et sculpter des textures. Dans cet article je te guide pas à pas pour créer des accords en open tuning, comprendre la théorie qui les sous-tend et développer des méthodes pratiques pour enrichir ton jeu — toujours avec une bière à la main et la guitare sur les genoux.
Pourquoi utiliser l’open tuning pour créer des accords
L’open tuning change radicalement la relation entre tes doigts et le manche. Là où l’accordage standard t’oblige à empiler des intervalles construits, un accordage ouvert te donne souvent une triade à vide — une sorte de tapis harmonique sur lequel tu peux broder. Les avantages pratiques sont nombreux :
- Accords riches instantanés : glisse un barré ou une pression simple et tu obtiens un accord complet.
- Textures et drones : des cordes ouvertes qui sonnent en permanence créent des ambiances hypnotiques, idéal pour folk, blues, post-rock.
- Nouvelles formes de voicings : shapes impossibles en standard deviennent naturelles.
- Compatibilité slide/dobro : les open tunings facilitent le jeu au slide, car la note à vide est déjà accordée pour former un accord.
Quelques références historiques et stylistiques pour t’inspirer :
- Keith Richards (Rolling Stones) et son mythique open G pour des riffs percutants.
- Joni Mitchell qui a exploré des centaines d’accordages pour inventer des couleurs uniques.
- Nick Drake souvent associé à des tunings ouverts/alternatifs (ex. CGCFCE) pour ses textures délicates.
Techniquement, un accordage ouvert n’est pas un gadget : il modifie les intervalles majeurs/ mineurs et met en avant des quintes et des octaves différentes. Ça dit, ce n’est pas un saut dans le vide : en maîtrisant quelques principes, tu gardes le contrôle harmonique tout en multipliant les possibilités créatives.
Bases théoriques : comment se forment les accords en open tuning
Pour créer des accords solides en open tuning, il faut comprendre deux choses : la triade que forme l’accord à vide et la manière dont les intervalles se distribuent sur le manche.
- La triade de baseChaque open tuning propose une triade (ou un accord accessible) en notes à vide. Par exemple :
- Open G (D G D G B D) → triade de sol (G)
- Open D (D A D F A D) → triade de ré (D)
- Open C (C G C G C E) → triade de do (C)
Ces cordes ouvertes définissent la couleur harmonique principale ; toute variation (barre, pression partielle) va enrichir cette triade.
- Intervalles et distributionEn open tuning, les intervalles sur les cordes peuvent changer comparé au standard. Par exemple, D→G→D→G ne suit pas nécessairement la logique E→A→D→G d’un accordage standard. Pour créer un accord :
- Identifie la note fondamentale (root) que tu veux entendre.
- Trouve les tierces (major/minor) et quintes autour (elles déterminent majeur vs mineur).
- Pense en voicings par zones : basse (2-3 cordes graves), médiums (2 cordes du milieu), aigus (2 cordes hautes).
- Construire un accord pas à pas
- Commence par presser une seule corde pour changer la fondamentale.
- Ajoute une tierce. Si la tierce est majeure (2 tons) → accord majeur ; si mineure (1,5 ton) → mineur.
- Ajoute ou ôte la quinte pour jouer avec la couleur (sus2, sus4, add9).
- Raccourcis harmoniques utiles
- Un partial barre (appuyer 2–3 cordes sur une frette) te donne des accords instantanés sans complexité digitale.
- Les double stops (deux notes) bi- ou triadiques fournissent suffisamment d’information harmonique pour le chant ou un lead.
- Les drones (cordes ouvertes qui résonnent) servent de pivot tonal : garde-les souvent en arrière-plan pour lier plusieurs accords.
Si tu veux approfondir, je te conseille d’analyser la triade à vide de ton tuning choisi, puis de tracer mentalement où se situent la tierce et la quinte sur les six cordes : c’est la carte qui va te servir à créer des voicings cohérents.
Méthodes pratiques : créer des voicings et des shapes en open tuning
Passons à la pratique. Créer des accords en open tuning repose surtout sur l’écoute, l’expérimentation et quelques techniques répétables.
- La barre mobile
- Avantage : déplacement simple d’un accord complet.
- Technique : barre les 6 cordes (ou un paquet de 3 à 5) sur une frette pour transposer la triade ouverte.
- Astuce : en open tunings où la cinquième corde change, tu peux parfois te contenter d’un mini-barré (3 cordes) et garder des drones.
- Les triades réparties
- Cherche des triades réparties sur 3 cordes non consécutives (ex. cordes 6-4-2). Elles sonnent souvent plus aérées.
- Exemple pratique en Open G : jouer G (corde 6 à vide), B (corde 2 à vide) et D (corde 3 frette 2) → triade répartie.
- Double stops et petites cellules
- Utilise des double stops pour créer des harmonies mouvantes et éviter d’encombrer ton jeu.
- Très utile en accompagnement : joue une note basse + une tierce/ quinte aiguë, puis ajoute une petite variation.
- L’usage du pouce et du bras droit
- Le pouce peut jouer des basses sur les cordes graves pendant que les doigts font des triades aiguës.
- Adopte des rythmiques alternées (bass-note / chord / arpeggio) pour enrichir l’accompagnement.
- Exploiter les extensions et tensions
Pour enrichir ces sonorités, il est essentiel de maîtriser les techniques d’accordage en open tuning. Cela permet d’explorer une gamme plus vaste de possibilités harmoniques. Pour débuter, consultez cet article sur l’accordage facile en open tuning. Une fois familiarisé avec ces techniques, il est intéressant de découvrir des morceaux adaptés : ces 10 morceaux faciles peuvent offrir une belle introduction à ce style. En jouant avec les différentes nuances, chaque musicien peut apprendre à manipuler les open tunings pour créer des harmonies uniques. Pour approfondir l’apprentissage, il est utile de se tourner vers des ressources dédiées comme Jouer et apprendre avec les open tunings.
- Ajoute des add9 en tenant simplement la deuxième corde non barrée ; le résultat est souvent très musical en open tuning.
- Les sus2/sus4 sont très naturels : en glissant une seule note, tu changes la couleur sans casser l’harmonie.
- Le slide comme partenaire
- Le slide te permet de garder les drones et de créer des accords filtrés, virtuellement impossibles en standard.
- Technique : un slide léger sur deux ou trois cordes crée des triades floues et très expressives.
Exemple concret (Open D — D A D F A D) :
- Barre sur frette 2 → accord E (E B E G B E).
- Maintiens la corde 3 (F) et joue frette 4 sur corde 2 → variation E(add9).
- Intègre un double stop sur les cordes 1–2 pour une couleur aiguë.
Entraîne-toi à créer 10 shapes par tuning : triade complète, 2 double stops, 3 triades réparties, 2 petites cellules rythmiques, 1 shape pour slide. Tu auras une palette immédiatement exploitable en composition.
Exercices et progression : apprendre à composer en accordage ouvert
La pratique régulière transforme l’expérimentation en langage musical. Voici une progression sur 8 semaines pour intégrer les accords en open tuning dans ton jeu.
Semaine 1–2 : découverte et reconnaissance
- Choisis 1 tuning (ex. Open D).
- Joue la guitare à vide, écoute la triade.
- Repère les notes fondamentales sur chaque corde.Exercice quotidien : 10 minutes de balayage à vide + 10 minutes de repérage de tierces/quintes.
Semaine 3–4 : shapes et textures
- Apprends 5 formes d’accords : barre complète, mini-barré, triade répartie, double stop, add9.
- Pratique en boucle : 15 minutes par forme.Astuce : enregistre-toi pour entendre la couleur de chaque shape.
Semaine 5–6 : application rythmique et composition
- Construis 4 progressions de 4 accords (ex. I–IV–V–I transposé).
- Expérimente drones et ostinatos ; garde au moins une corde ouverte dans chaque progression.
- Enregistre une boucle de 1 minute et improvise une mélodie dessus.
Semaine 7–8 : intégration et variation
- Ajoute slide, percussive hits et variantes dynamiques.
- Compose une chanson courte (intro, couplet, refrain) en utilisant au moins 3 voicings différents.
- Analyse : note quelles shapes fonctionnent le mieux pour l’accompagnement, lesquelles pour le lead.
Quelques repères chiffrés : une routine de 30 minutes/jour pendant 8 semaines équivaut à ~28 heures de pratique focalisée — largement suffisant pour obtenir des résultats concrets si tu restes méthodique.
Anecdote : la première fois que j’ai testé Open G, j’ai composé un riff entier en 20 minutes en buvant une bière. La simplicité du tuning m’a permis d’ignorer la technique pour me concentrer sur la mélodie — c’est souvent là que naissent les meilleures idées.
Application créative et production : intégrer tes accords ouverts en contexte
Créer des accords en open tuning c’est bien ; les faire vivre dans une chanson, c’est mieux. Voici comment intégrer ces accords en production, arrangement et live.
- Arrangement en studio
- Enregistre une prise « live » en open tuning pour capturer la résonance des cordes ouvertes — souvent, cette prise est plus chaleureuse.
- Double/triple-track : enregistre la même progression avec des variations (picking vs strum) pour créer des couches.
- EQ : accentue légèrement les médiums bas (200–400 Hz) pour renforcer la chaleur des accords ouverts.
- Interaction avec d’autres instruments
- Basse : laisse la basse suivre la fondamentale ; en open tuning, certaines notes à vide peuvent faire double emploi avec la basse — joue sur la complémentarité.
- Claviers : utilise pads pour remplir les bains sonores ; évite d’ajouter des accords denses qui peuvent masquer les drones.
- Voix : les accords ouverts donnent souvent des espaces harmoniques larges — laisse la voix respirer et exploite des intervalles étirés.
- Live et loopers
- Les loopers aiment les drones : enregistre une boucle d’accords ouverts, puis improvise au-dessus.
- Attention à la balance : en live, les cordes ouvertes peuvent créer des résonances indésirables ; utilise un gate ou change la position du micro.
- Astuces de production avancées
- Réverb courte + delay subtil : préserve la clarté des accords tout en donnant de la profondeur.
- Compression douce : contrôle la dynamique sans écraser la vibration naturelle des cordes.
- Harmonise : utilise une piste d’harmonie à l’octave ou une tierce pour ajouter de la couleur à un accord ouvert simple.
Tableau synthétique des open tunings courants
Conclusion pratique : si tu veux composer une chanson en une session, choisis un open tuning, invente une progression simple (3 accords), trouve une ligne de basse drone, et laisse ta mélodie s’accrocher aux notes ouvertes. Tu verras, l’open tuning agit souvent comme un accélérateur de créativité.
L’open tuning est une clé : elle t’ouvre des portes harmoniques et sonores que l’accordage standard masque souvent. En comprenant la triade à vide, en apprenant à construire des voicings (barres, triades réparties, double stops) et en adoptant une pratique progressive, tu transformes ces nouvelles couleurs en langage musical. Expérimente, enregistre, boucle, et surtout : laisse-toi surprendre — parfois, la meilleure idée naît d’un glissando maladroit et d’une bière bien fraîche.





